Et si ATT n’était rentré que pour cultiver son champ ?

Sur le tarmac de l’aéroport Modibo Keita Senou, l’image est saisissante. Celle d’un homme qui mesure sans doute la joie de fouler à nouveau son pays natal, après avoir été contraint de le quitter, un sombre jour d’Avril 2012, brutalement parachuté de son fauteuil de président, par une junte en colère.
Amadou Toumani Toure, a l’époque, président admiré a tort ou a raison, salué comme l’exemple de démocratie par la communauté mondiale, au lendemain de ce sommet de l’Union africaine, ou il arborait cet étrange basin jaune, et où il entra comme un inconnu dans la salle du CICB, se retrouvait le lendemain, à fuir Koulouba sous les tirs des militaires. Un soleil de plomb et cette poussière rouge qui perdura des jours entiers sur Bamako. La suite, fut connue, Il aurait été descendu de la colline par son aide de camp, puis hébergée par les américains en leur ambassade, avant ce départ précipité et inexorable.
Je rends le pouvoir, je remets ma démission, écrivait-il alors. Une chose que peu de dirigeants savent faire. Il apparut ainsi chez Amadou Toumani Toure, une qualité rare, l’humilité. Un sens inné de l’histoire, pour laisser place aux soubresauts politiques et gouter à l’exil. Exil involontaire, exil contraint, l’homme n’a pas eu le choix. Tout comme, il forçait en Mars 1991, le palais pour déloger Moussa Traore, dictateur d’une époque, il dut à son tour, laisser place au suivant. Lequel le lui rendra le moment venu.
Et ce moment, c’est ce 24 Décembre 2017. Cinq ans, huit mois et jour pour jour, ATT descend de cet avion présidentiel, salue comme le chef d’État qu’il était. Et parmi cette foule venue l’accueillir, un kaléidoscope étrange. Celle des anciens fidèles, des ministres, des badauds curieux, des journalistes avides de photos uniques, des pourfendeurs déguisés en admirateurs, des informateurs du temps actuel, tous venus constater l’aura de l’homme cinq après. Le poids politique éventuel de l’animal. Un rôle dans la réconciliation, peut-être, qui sait..
La politique est une chose bien étrange. Elle a ceci de criard, qu’elle est souvent bien désarmée face à hier, aujourd’hui et demain. Ceux qui gravitèrent des années durant autour du Général, surent faire preuve d’agilité. Ils côtoyèrent alors le Putschiste-héros d’un jour, puis virent rapidement, la décadence engendrée par le coup d’État institutionnel de Mars 2012 et tutti quanti.
Partition, occupation, flagellation, lapidation, puis libération, nul besoin de souligner la complexité du Mali actuel, un pays malade de son passé rebelle, envieux de son futur, occupé à gérer son présent, avec l’aide de la communauté internationale. A sa tête, un homme au caractère bien trempé, Ibrahim Boubacar Keita, le natif de Koutiala, malinké bon teint, sachant manier et châtier la langue de Molière comme personne. Un latiniste convaincu… Mais aussi, un vrai bambanan de Koutiala à ses heures et lors des discours de circonstance, des phrases mémorables à la volée. Telle celle adressé à ce petit frère…dans son cahier d’un retour au pays natal…
Césaire y aurait trouvé de l’inspiration. ATT et IBK unis pour la Paix. La tentation était grande, trop belle pour ne pas la saisir. Si l’accueil fut populaire, digne des grands jours, propre à faire oublier les affres de l’exil, certains y virent un beau coup politique, d’autres interrogent encore le timing et préfèrent garder la tête froide…
Haute trahison, hier. Paix et réconciliation aujourd’hui pour le Mali. Quel rôle pourrait donc jouer ATT dans ce tableau, ou quel rôle veut-on faire porter à un homme, qui n’aspire aujourd’hui à la tranquillité. Ou à prodiguer conseils et vision a qui veut bien l’entendre.
La tentation demeure grande pour les agitateurs de la plèbe, les leaders associatifs et autres partisans, avides de faire renaitre ce mouvement citoyen de ses cendres, d’éveiller cet élan, qui porta l’homme du consensus au pouvoir. Celui qui n’avait ni préférence, ni clan, ni barrière, mais une place pour tous à ses côtés, l’ami des tous petits, des hommes de médias, le négociateur caché, l’homme de Kadhafi, le partenaire des tribus libyennes, le confident des rebelles, l’hôte d’un jour d’Iyad, l’enfant de Mopti, l’homme aux milles et une facettes. Et si c’était encore ce même homme qui avait descendu la passerelle du Boeing présidentiel dimanche. Et pas celui qu’on voudrait qui il soit.
L’homme d’un temps, mais aussi l’homme d’une simplicité prouvée et d’une ambiguïté certaine. Ayant connu tous les honneurs de son rang et qui joua franc-jeu quand il le voulut. Ainsi donc, ne cherchez pas tout de suite dans ce retour une cause, un quelconque but, ou sens politique, à quelques mois des échéances électorales. Et la raison en est simple. Et si ATT n’était finalement rentré que pour cultiver son champ… ?
Mame Diarra DIOP
``Je rends un hommage a toutes les victimes civiles de la guerre au Mali``ATT lors de son retour a Bamako le 24 decembre 2017