Chroniques Canariennes I...

Publié le par Mame

Carnet de route de mon voyage à Tenerife, où j'étais du 16 au 22 juin 2006 en reportage.

 

 

Vendredi 16 juin,

Après 4 heures de vol et une escale à Madrid, voici Tenerife, l’une des sept îles un  l’archipel des Canaries, aride et montagneuse avec au centre le Pico de Teide, le plus haut sommet d’Espagne, qui culmine à 3718 m. Les températures sont stables et tournent autour de 26° degré toute l’année. Près de mon hôtel, je croise une horde de gamins qui me regardent d’un œil curieux avant de s’installer  sur un banc public et glousser de rire. Des mineurs de l’émigration clandestine ? Ils seraient nombreux sur l’île… 

 

Samedi 17,

10h, Direction le port de Los Cristianos. Là, arrivent les « cayucos » ou « pateras » d’Afrique. L’endroit est bondé de touristes, anglais pour la plupart, allemands, italiens, noyant les canariens dans la masse. Vers l’embarcadère du ferry qui emmène les touristes vers la Gomera , l’île proche et paradis de verdure, l’eau est translucide. Au large voguent des bateaux de plaisance, quelques vedettes et dans le ciel, un hélicoptère de la Guardia Civil passe et repasse scrutant les eaux. Je le shoote avec mon appareil. Un citoyen canarien a ensuite l’amabilité de me prendre en photo et je lui demande s’il y a eu de récentes arrivées de clandestins : « Non pas ces derniers jours mais ils étaient environ une quarantaine la dernière fois… ». Quand  exactement ? « Oh cela doit faire une semaine ». Les récents accords de Madrid avec les autorités africaines pour une coopération renforcée et un contrôle accru de l’émigration, commencent-ils à porter leur fruit ? Et cela après un mois de mai particulièrement  agité pour les volontaires de la Croix rouge, présents pour accueillir  les nouveaux arrivants. Près de 10000 arrivées depuis le début de l’année 2006, indiquent les chiffres. Au bout du quai, le conteneur blanc de la Croix rouge est là, presque abandonné, puis deux agents de la Guardia Civil quittent leur poste, un large bateau où s’inscrit «  Inspecciơn de la Pesca  » pour sillonner la mer en hors-bord. Aimable, le garde côte resté à bord m’informe des deux dernières semaines plutôt calmes. « Ils arrivent  d’abord vers la pointe sud de Reina Sofia (près de l’aéroport), c’est là qu’on les intercepte pour les amener ici à Los Cristianos, ensuite la police vient les chercher et les envoie au centre d’internement.  Là, les immigrés sont gardés 40 jours et si leur nationalité n’a pas été prouvée en vertu d’accords de réadmission avec leurs pays d’origine, ils sont relâchés.  

 

Voir aussi les photos ci-contre !

14h, Soleil ! Soleil ! Soleil !  Sur la promenade qui longe la plage de Los Cristianos, j’aperçois un jeune homme assis à observer l’horizon. Un sénégalais ?  Quand il me voit, il me salue d’un signe de tête et je cours vers lui. Louis Correia  est gambien d’origine. Il habite l’île depuis bientôt quatre ans, mais il n’est pas arrivé en barque. Une visite familiale l’a d’abord conduit en Allemagne, puis aux Canaries avec un visa de trois mois. Une fois celui-ci expiré, il décide rester à Tenerife et fait une demande de permis de résidence. « Les conditions pour obtenir ce permis, dit-il, sont terribles et les immigrés le savent : il faut prouver à l’administration qu’on a trouvé un employeur et donner de l’argent à celui-ci pour espérer avoir le précieux papier. 3000 euros ! C’est ce qu’a payé un ami pour avoir le sien. Et il s’est fait avoir, car au lieu que son employeur cotise six mois à la sécurité sociale pour lui, il ne l’a fait que pendant un mois ». Si Louis était hésitant au début, sa confiance augmente au fur et à mesure que nous parlons. Nous naviguons ainsi du wolof à l’anglais, avec quelques mots de français. Louis s’indigne  surtout du trafic des eaux de l’Atlantique : « Moi je n’aurais jamais pris un bateau !  Mais ce qui se passe est un juste retour des choses. Quel pays européen peut dire qu’il n’a pas besoin d’immigration ? Aucun ! », insiste mon nouvel ami. «Avant, les européens sont allés chercher de quoi se développer en pillant l’Afrique de ses ressources et maintenant, ils veulent nous jeter à coup de pieds ? Ils prennent même nos plus jolies femmes ! Toutes ces jeunes filles qui s’affichent aux bras de vieux touristes à Dakar ou ailleurs…». Louis me montre ensuite son permis de résidence, une petite carte rose avec sa photo et son adresse à Tenerife. Il se refuse ensuite à mon objectif. « Tu sais, des clandestins ici, j’en connais beaucoup et ils ne disent pas la vérité à leurs proches sur leur situation. Il est trop facile de se faire prendre en photo à côté d’un joli bâtiment, d’une plage, pour montrer ça aux amis mais la réalité est très dure ! ».  Les yeux de Louis sont fixes. Par quoi a-t-il du passer pour circuler librement aujourd’hui dans l’île ? Il travaille dans le bâtiment en tant que carreleur à mi-temps et cela lui va pour l’instant. Nous admirons ensuite passer des touristes avec la mer au loin. Puis, Louis revient sur la difficulté de la vie aux Canaries et la nécessité de témoigner. Il est content de se confier et si son permis a expiré, il a fait une nouvelle demande, le précieux sésame étant renouvelable à l’année. Et Louis d’évoquer les Mafias des eaux : « Comment voulez-vous que tous ces gars arrivent du Sénégal jusqu’ici en pirogue et en grand nombre ? Tu vois, ce cargo là près du port ? » Je visualise alors l’imposant ferry de la compagnie britannique Fred Olsen amarré en face. « Et bien, ce sont de gros bateaux comme ça, sous couvert d’une activité de pêche ou de pétrole qui vont jusqu’ à nos côtes et proposent de prendre des gars contre de l’argent pour les rapprocher des îles, en les déposant au Maroc ou vers Ceuta. Dans leurs grosses cales, ils font entrer les barques et les camouflent. Une fois à destination, elles font cap sur les îles Canaries… ». Louis est-il vraiment arrivé ici avec un visa ? Il m’accompagne alors sur la promenade et nous croisons des commerçants sénégalais, marchandises en main, de dignes baol baol[1][1] avec qui nous échangeons quelques mots en langue du pays. Diakher, une compatriote propose même ses talents de tresseuse de rue aux européens. Elle est là pour l’été et compte rentrer en Septembre en France. Une petite anglaise gigote sous ses mains agiles et elle sourit à mon objectif…Diakher ajoute qu’il y a beaucoup de mineurs clandestins dans l’île et m’incite à aller voir à la Croix rouge. Je la remercie et pense aux premiers gamins aperçus la veille à l’arrêt de l’autobus....  

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HélÚna 26/04/2007 22:13

S'lut Petite Mame, j' apprécie ton blog , la présentation et tes textes très passionnants.
Bonne continuation.
H.