Chroniques Canariennes II

Publié le par Mame


Suite de mes aventures à  Ténérife, aux îles Canaries où je me trouvais l'an dernier du 16 au 22 juin... 

Samedi 17,

23h,

La nuit est tombée sur Los Cristianos et dans le hall de l’hôtel, j’incruste une fête. John Mofo, un jeune entrepreneur sud-africain et jamaïcain m’accoste et m’invite à participer au show. Il est aussi chef de cuisine en ville et a l’air plutôt influant et respectée parmi ses amis. En effet, beaucoup viennent le saluer et je me sens comme extra-terrestre. Puis d’un commun accord, John et moi sillonnons la zone de Las Americas, la plage qui côtoie  celle de Los Cristianos et sur l’avenue pavée, on croise de jeunes fêtards anglais, écossais ou américains, joyeux et éméchés, d’autres sénégalais vendeurs de lunettes, de bijoux, de montres… Avec Burger King, Mac do et leurs enseignes luminescentes, le capitalisme américain règne sur Tenerife, la Livre sterling et le dollar coulant à flot. 1000 livres font environ 1500 euros. De quoi passer des vacances de rêve dans cette île où des créatures presque nues, nymphes nocturnes, perchées sur de hauts talons entrent et sortent des bars de l’ avenue.

John m’entraîne ensuite vers Bubby’s, la boîte de nuit branchée avec deux salles, deux ambiances : une vibe Hip hop Rnb, Dancehall et un tempo techno, house, jungle… Difficile d’y supporter la musique assourdissante et nous ressortons de l’autre côté sur la jetée où l’air marin et le reflux des vagues apaisent de la folie des décibels. « Tenerife, c’est comme Ibiza », explique John,  c’est l’une des meilleures îles pour s’éclater avec Mallorca ou Gran Canaria. John hoche la tête et lorsque je lui demande son avis sur l’immigration clandestine. Il répond « As-tu un stylo pour noter ?  Parce que j’en ai des choses à te dire ! ». Manque de pot ! Je n’ai que mon appareil photo et j’ouvre grand mes oreilles : « Il y a trois semaines environ, 70 gars sont mort noyés et 50 ont pu accoster à Los Critianos…Je comprends ce phénomène et  j’aide même certains frères en leur trouvant du boulot pour obtenir leur permis de résidence… » Oui mais, celui-ci ne dure qu’un an ! « Et alors, réplique John, une fois que tu es ici, tu fais des affaires et le reste c’est un jeu d’enfant. J’ai même parlé avec le maire de Tenerife et je lui ai dit que ces gens n’étaient pas là pour embêter le peuple mais se construire, travailler pour eux et contribuer à l’économie locale. A Tenerife, les nigérians constituent une forte communauté et sont dans pas mal de trafics, ajoute le zélé canarien d’adoption, les sud-africains font du business, les sénégalais du commerce etc… ». John et moi croisons ensuite d’autres africains dont certains nous saluent. « Je vais te dire un truc,  déclare John soudain, ici il y a  un gros trafic de drogue ! Tu crois vraiment que les gars qui vendent ces lunettes sur les avenues s’en tirent à leur compte  la fin du mois ? » Prouve-le ! Et je fixe John qui  répète qu’il vit dans le coin depuis dix ans maintenant. « Si tu veux, ajoute mon hôte d’un soir, on va voir l’un de ces gars  et tu leur dis : « Quiero Chale », autrement dit, filez-moi un peu de poudre. L’homme fera alors mine de te serrer la main en te glissant le petit sachet pendant que tu lui lâcheras 50 euros ».  Chiche ! Je suis partante mais John se rebiffe. En a-t-il déjà consommé ? Il avoue qu’il le fait lorsqu’il est très très heureux.  Et la police dans tout ça ? « Elle est là déguisée en civil et surveille. De temps à autre, des gars se font attraper ». A peine John a-t-il fini sa phrase qu’une voiture de police passe devant nous, puis un jeune garçon nous salue. « Celui-là, c’en est un aussi », ajoute John. Un quoi ? « Un vendeur de drogue pardi ! ». Nous abandonnons ensuite notre idée de faux deal et filons sur l’avenue pour prendre un taxi.  Autre scoop de John : La mafia de Tenerife a trois branches : un arabe, un anglais et un local ont main basse sur l’île et détiennent l’argent comme une poignée de sable.  Ah bon, un anglais ? « Chut ! m’houspille John, alors que nous sommes attablés chez un traiteur chinois… Leurs hommes sont partout ! ». Trompeuse île !  Sous le soleil  et truffée de trafics en tout genre… Je rentre à 3h, curieuse du lendemain …

Noche !

 

Dimanche 18

11h, le marché fourmille en bas de l’avenue Juan Carlos  bondé d’anglais.  Veni, vidi, vici. Ils sont venus, ont vu et vaincu Tenerife ! Ces flegmatiques citoyens de sa Majesté ont en effet leur journal local, le Tenerife News, leurs supermarchés et leurs night-clubs phosphorescents…pour mener une belle vie loin du frog du Middleshire ou de Glasgow… Après eux, je croise d’autres sénégalais et polyglottes, Ola ! Hello !  Gutentag ! Vendeurs aguerris d’artisanat, de masques en bois et de toutes sortes de babioles qu’ils emmènent au bout du monde, aucun touriste ne leur échappe. Puis, au détour d’une allée, Boubacar Diop, vendeur de sandales en cuir s’extasie de partager le même nom de famille que moi. Et nous discutons, rigolons, échangeons avant de nous  quitter avec beaucoup de cordialité. Le commerçant a même baissé le prix de ma paire de sandales et considérablement. Quelle solidarité en terre espagnole !

 

15h, promenade sur la jetée en face de l’hôtel Arona du nom de la commune à laquelle appartient le port de Los Cristianos. En bas s’étale une plage de galets, de sable noir et la côte ressemble étrangement à l’Afrique. Elle fait presque penser à la corniche dakaroise sans les bateaux, les voiliers, les touristes… Au large, un catamaran s’éloigne vers les dauphins suivi par un bateau pirate à la coque imposante… Et je ne peux m’empêcher de penser que des hommes doivent voguer au même moment en haute mer pour atteindre ces côtes dorées. Je vais ensuite surfer sur le web pour trouver les coordonnées de la Croix rouge locale.  

 

21h30, de mon balcon situé au 14è étage, je vois la nuit tomber. Le crépuscule de Tenerife est beau et les nuages s’assombrissent lentement au dessus de la mer argentée, calme et inspirante. Le port est silencieux et la plage à côté vide avec seulement le doux reflux de l’eau.  Et perçant cette paix, une voiture de police passe, suivie de deux autres, un car, et … je ne vois pas très bien, mais les véhicules se dirigent à toute vitesse vers le débarcadère…

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catharsis 31/05/2007 00:31

salut mame. J'aimerai que tu m'éclaire sur un point, le ventilateur. J'ai bien une vague idée, mais qu'est ce vraiment? Voilà 2 fois que je lis ce mot, a propos des femmes sénégalaises. La 1 iere dans le ventre de l'atlantique de Fatou Diomé. La 2 ieme ici chez toi. IL serait question d'une dance du ventilateur, n'est ce pas? Je n'irai pas jusqu'à te emander un travaux pratiue. Non, ce n'est as mon genre. Mais j'aimerai savoir si mon phantasme rejoint la réalité!

Hélèna 23/05/2007 23:50

Coucou Mame,juste un petit bonsoir...Et la suite du feuilleton ?